Tout y passe, la droite la gauche, mais pas encore le bon Dieu…

J’ai récemment écrit un article sur une belle lettre d’un général français trouvé sur un blog des plus intéressants. Il me semble important de parler un peu plus de ce blog, non pas pour en faire la promotion, mais pour en faire un modèle d’un genre particulier.

Je suis stupide, j’ai voté Hollande est un de ces blogs comme il y en a de plus en plus d’après moi. Des blogs partisans et plutôt acerbes. C’est le droit de tout un chacun d’exprimer ses opinions, fussent-elles parfois douteuses sur le plan intellectuel ou sans grand recul. Mais il est intéressant de constater combien de tels blogs entretiennent une illusion vieille comme la politique moderne. Elle s’énonce ainsi « la droite et la gauche ont deux programmes différents ». Dans un contexte suisse, cela est plus ou moins vrai, mais dans le contexte français, c’est une aimable plaisanterie et ce, pour plusieurs raisons.

Prenez les « dossiers importants » comme le chômage, le nucléaire ou encore la justice. La gauche a-t-elle fait des changements majeurs en un peu plus d’une année de pouvoir? Non. Il y a bien sûr des projets dans les cartons, comme la fermeture de Fessenheim ou une réforme des peines (suppression de la peine plancher, liberté conditionnelle plus répandue, etc.) , mais même si ces projets devenaient réalité, je doute qu’ils changeraient profondément la gestion du nucléaire et de la justice. La France restera un pays fortement nucléarisé en mai 2017 et aura sans doute toujours une justice plus dure envers les plus faibles et plus clémente envers les plus riches.

Sur le plan économique, pas de grands bouleversements en vue non plus. L’ouvrier continue de produire pour un certain coût et à ne pas voir la majorité de l’argent ainsi produit lui revenir, même quand cela devrait être le cas. Les entreprises délocalisent toujours autant, le droit du travail n’est pas renforcé de manière visible et l’économie patauge encore. Quelque soit la méthode appliquée, elle ne dépend pas du bord politique. La rigueur a commencé sous Sarkozy, elle se poursuit sous Hollande.

Mais il se trouve des gens qui, malgré ces faits évidents, vont prétendre que la gauche et la droite sont deux mondes. Qu’il y a les « gentils » et les « méchants ». Alors bien sûr, il y a une opposition de façade, mais la ressemblance est grande, pour ne pas dire totale, sur les grandes questions que sont la justice, l’économie, l’écologie ou l’éducation. La gauche n’a quasiment pas touché à ces domaines et quand elle le fait, comme sous Mitterand, c’est soit symbolique (abolition de la peine de mort, geste fort, mais qui ne règle pas les problèmes de base), soit dans la continuité de la droite (Tapie a été aidé tant par la droite que par la gauche). Je ne dis pas que la gauche ou la droite doit faire « tout autre chose », comme le proposent les extrêmes, mais simplement qu’il est illusoire de distinguer aussi nettement deux visions de la politique qui sont similaires sur tant de points.

Les deux camps se reposent aussi très largement sur des experts, sans forcément comprendre de quoi ceux-ci parlent. Cela fait longtemps que pour être ministre il n’est pas nécessaire de comprendre le domaine que l’on dirige, mais il faut savoir disposer de bons experts ou techniciens. Il suffit de voir le récent scandale du décret Perben de 2004 pour comprendre ce problème. Si Dominique Perben avait été juriste et compétent, une telle erreur ne se serait pas produite. Notons que personne n’a rien remarqué pendant longtemps et que les experts n’ont rien dit. Relevons également que cela peut arriver à n’importe quel ministre, voire au président. La compétence ne différencie en aucun cas gauche et droite dès lors qu’il s’agit de prendre des décisions.

En Suisse, pour diverses raisons, notamment la cohabitation permanente, puisque le gouvernement est composé de 7 membres ayant les mêmes droits et devoirs, issus des différents partis, la polarisation est moins mise en avant. Elle existe plus ou moins et se voit peut-être un peu plus du fait des votations populaires, avec une gauche qui défendra traditionnellement les immigrés et les travailleurs et une droite voulant freiner l’immigration et donner plus d’avantages aux patrons. Evidemment, rien n’est jamais aussi simple, la gauche ayant une aile caviar assez forte et la droite ayant au sein de l’UDC notamment une aile plus populaire. La différence se voit également au fait qu’il n’y a pas de politiciens « de métier » comme c’est le cas en France. Par contre, l’incompétence et le populisme demeurent.

Au niveau local, la droite comme la gauche « font ce qu’il y a à faire » et la politique ne varie guère en fonction de qui dirige.

Alors, au lieu de rester bloquer dans le conflit idéologique idéal, si on osait enfin dire que l’on en a marre d’être gouverné par des gens qui ne sont pas vraiment compétents mais crient le contraire et qui doivent se reposer sur des experts et que nos politiciens, tant Suisses que Français, n’ont pas le temps de tout lire en détail, ce qui est aberrant. Si on change ce système, on y perdra sans doute en efficacité, ce mot sacré d’aujourd’hui, mais on y gagnera en cohérence, en transparence et en simplicité. Ce serait déjà un bon premier pas, non?

Quand permanence rime avec errance

Il existe des textes qui quand vous les lisez vous énervent. Vous les oubliez, puis vous les relisez plusieurs mois après. Ils vous énervent toujours autant. Ce bref billet a cet effet sur moi.

Pourtant, il commence avec une belle introduction, qui interpelle le lecteur puis se poursuit par une longue citation.

Celle-ci est pertinente pendant plus de la moitié, avec cette grande et belle réflexion sur cette sotte vision de l’Eglise comme quelque chose qui se doit d’être « populaire » au mauvais sens du terme, presque populiste même. En lisant cela on respire, on se dit que l’auteur n’est pas un imbécile.

Et puis…. on lit son argumentaire contre cette vision et là, tout s’écroule. La mâchoire se crispe, les poings se serrent. On relit, on a pas mal lu. C’est bien:
« Comme c’est absurde, particulièrement si l’on se souvient que l’Église a survécu à de puissants empires, des structures totalitaires infâmes ou de magnifiques systèmes philosophiques. D’ici vingt ans, les choses qui aujourd’hui occupent la totalité de l’horizon des discussions publiques deviendront des fantômes à moitié oubliés, de simple éphémères d’un âge révolu. Mais l’Église sera toujours là » qui tient lieu de défense contre cette vision.

M. Newbigin, que je ne connais pas par ailleurs, mais que je ne pense pas être sot, se trompe lourdement ici selon moi. La permanence de l’Eglise, sa survie même comme il le dit, ne prouve rien du tout. Disons plutôt: elle prouve un attachement au message du Christ. Mais elle ne prouve en rien la fidélité de l’Eglise si on la prend comme institution. Car enfin, pas besoin d’avoir fait des années d’études en Histoire pour savoir que l’Eglise a prostitué son message avec une régularité navrante pour plus de pouvoir dans ce bas monde. Je ne crache pas sur les personnes qui tentèrent et même restèrent fidèles à l’Evangile, mais soyons honnêtes, elles sont la minorité. Ramener toute l’Eglise à ces gens-là, c’est donc au fond nier la corruption chronique et rampante de l’Eglise. C’est se rassurer en faisant fi du doute, qui est pourtant l’élément-clef de la foi selon moi.

On pourrait en rester là dans la critique, mais le commentaire du theologeek (non je ne reviendrai pas sur ce pseudonyme et tout ce qu’il m’inspire) enfonce encore la chose dans la médiocrité:
« Ajouter à cela le fait que partout dans le monde non-occidental, là où l’Église ne s’est pas laissée domestiquée par la religion de la modernité, elle vit une croissance sans précédents.

Donc dans l’ensemble, l’Église va très bien, merci.

Et vos media alors, comment ça va? »

La dernière phrase est convenable, l’avant-dernière déjà critiquée mais alors avant… Qu’est-ce que la « religion de la modernité »? Est-ce ce que Jacques Ellul désigne comme étant la Technique? Ou est-ce autre chose? Brandir un concept, c’est facile, mais ne pas l’expliciter, cela rend la discussion fort difficile. Mais bon admettons un instant que l’on le comprenne. La phrase me semble totalement fausse au niveau factuel. Monde non-occidental = pas de domesticisation par la modernité? La Corée du Sud, c’est l’Occident? Il y a plusieurs pays que je ne mettrais pas en Occident qui sont pourtant, leur Eglise avec (même si cela peut-être moins violent qu’en Occident, l’Eglise reste contaminée par son milieu), dominés par cette religion de la modernité. Mais la plus grosse ânerie, c’est de dire qu’en dehors d’Occident, l’Eglise vit une croissance sans précédent. Dire cela, ce n’est pas juste se tromper. C’est cracher à la face de toute une partie de la chrétienté. Que reste-t-il des chrétiens dans le Croissant Fertile, en Egypte et dans tant d’autres lieux? Une peau de chagrin et des morts, trop de morts. Et l’on ose me parler de croissance sans précédent! Certes, il y a sans doute croissance à plusieurs endroits, c’est indéniable, mais plusieurs endroits ne permettent pas de généraliser aussi violemment. Et qu’on ne vienne pas me dire que l’Irak, la Syrie, la Turquie et l’Egypte, pour ne citer que ses quatre pays, sont des exemples de pays « dominés par la religion de la modernité ». Ou alors, c’est qu’il est très facile d’appartenir à cette catégorie…

Le clou final de ce cercueil c’est ce commentaire d’un certain « richard » qui dit:
« L’église va disparaitre… ce n’est pas important, ce ne sont que des murs ! Ce qui est important à mes yeux, c’est que le peuple de Dieu, les Chrétiens du monde entier se multiplient et grandissent dans l’unité afin que le Royaume de Dieu soit annoncé. »

Et qui est approuvé par l’auteur. Dire cela, c’est à nouveau raconter des salades. Il n’y a pas besoin de multiplier encore les chrétiens pour annoncer le Royaume. Je pense que l’on peut dire que toute la Terre ou peu s’en faut en a entendu parler. Non, ce qu’il faut faire selon moi, c’est faire que cette annonce soit fructueuse, qu’elle ouvre des portes à des gens sur cette terre. Annoncer c’est une chose, faire fructifier en est une autre. Or, nous en sommes à la partie qui consiste à faire fructifier. Dire que l’on annonce encore, c’est ne pas comprendre et s’enfermer dans une pensée stérile.

Ite missa est!

Pour la patrie, pour la liberté!

Un article d’Oskar Freysinger a attiré mon attention. Non pas tant à cause de son auteur, mais à cause du point de vue qu’il défend: armée = service de la liberté. Un propos pour le moins original. Mais analysons tout cela en détail voulez-vous.

L’esprit de milice est un fondement de la démocratie Suisse. Que ce soit au niveau politique ou au niveau de la défense nationale, le citoyen est appelé à servir l’Etat dont il est le pilier. C’est pour cette raison qu’en Suisse, le peuple est appelé le souverain.
Tout comme seul 30% du peuple vote, moins de 30% participe à l’effort de défense national. Donc c’est cette minorité souveraine, pas forcément composée des mêmes gens d’ailleurs, qui dirige. Autant dire que si le citoyen est le pilier du système suisse, le système en question repose sur des fondations en sable.
 
Mais il ne s’agit pas ici d’un souverain qui domine le bas-peuple, l’écrase d’impôts, non, c’est un souverain conscient, non seulement de ses droits, mais surtout de ses devoirs. Le « souverain » Suisse sait que sans son engagement, le modèle de la démocratie directe, unique au monde, est menacé de disparition et devrait être placé sous la protection de l’UNESCO.
Comme déjà écrit, ce souverain très conscient ne s’engage guère. Cette image idyllique et fausse est rebattue durant tout l’article. Ainsi, les gens qui évitent consciemment de faire du service ne sont pas « souverains », voire ne sont pas des citoyens. Une vision assez dure des choses, qui n’est sans doute pas très suivie.
 
Il est donc un souverain responsable qui se met au service de ses concitoyens et de son pays et dans ce sens peut servir d’exemple à bien des glorieux souverains qui, lorsqu’ils étaient au pouvoir, ne cultivaient que leur égoïsme et leur soif de pouvoir.
Des noms des noms! Comme si les dirigeants se souciaient avant tout du bien du peuple. Lançons un pavé dans la marre que nous redévelopperons dans un autre article: la politique est diabolique, au sens grec du terme. Diabolos, c’est « celui qui divise ». Force est de constater que si la politique servait à faire le bien et que c’était aussi évident, on ne parlerait même pas d’abolir l’obligation de servir. Et si tout le monde s’engageait sans arrières-pensées, sans penser à soi, le monde serait meilleur, c’est vrai. Mais c’est là une chimère.
 
Ces souverains ont tous disparu.
 
Mais ils ont duré parfois fort longtemps, comme Louis XIV ou plus proche de nous, Staline, Mao et Mugabé. C’est d’ailleurs le propre d’un humain de disparaître. C’est donc une phrase totalement insipide que nous sert l’auteur, puisque c’est le souverain et non son peuple qui a disparu.La qualité du souverain n’influence donc en rien la survie de son peuple. Même les Khmers rouges n’ont pas réussi à totalement exterminer leur propre peuple (même s’ils ont failli y arriver) c’est dire.
Par contre, le peuple Suisse et le pays qu’il a construit autour du concept génial de la démocratie directe, lui, est resté !
Tout comme le système totalitaire chinois perdure… L’auteur confond donc souverain et peuple, une manoeuvre rhétorique intéressante mais fausse comme on vient de le voir. Un concept comme la monarchie, qui est injuste, peut perdurer pendant des siècles. L’Angleterre suit ce modèle depuis fort longtemps, même s’il s’est affaibli.
 
Ceux qui aujourd’hui tirent à boulets rouges sur notre défense nationale et utilisent mille stratagèmes pour liquider l’armée de milice s’attaquent en vérité à l’existence même de la démocratie directe et de la souveraineté du pays.
Ah les vilains, les traîtres, les ordures de saboteurs! Pas de liberté pour les ennemis de la liberté! Bon on a pas encore d’arguments, mais cela vient, courage!
 
Si l’on peut toujours discuter du financement de l’armée Suisse, de l’achat d’avions de combat, du type d’engagement stratégique et logistique, il est en revanche hautement périlleux de remettre en question le principe même de l’obligation de servir et d’abroger le statut de soldat milicien.
Alors on peut toucher à tout, sauf à l’obligation de servir. Là, il y a un sacré, y toucher, c’est mal. Mais pourquoi? Réponse de l’auteur:
 
Tout l’édifice de notre pays ne tient que par l’identification des citoyens avec leurs institutions et par la qualité de leur engagement concret pour la patrie.
Cet engagement et cette identification étant exécrable, tant parmi les conscrits que parmi la population générale, l’édifice tangue donc très violemment. Mais cela n’inquiète pas l’auteur.
 
En tant que souverain, le peuple Suisse porte la responsabilité de l’Etat sur ses épaules. Cela implique surtout la responsabilité politique, mais aussi militaire.
 
Car la prise de responsabilité et l’accomplissement de son devoir au nom de la collectivité sont le prix à payer pour la liberté.
Les mots me manquent pour commenter un tel passage. Les femmes, les étrangers et les exemptés ne paient donc pas ce prix? Mais alors que sont-ils? De mauvais citoyens?
 
Vouloir se soustraire à son devoir, refuser d’assumer sa responsabilité ne permet pas à l’homme de se dépasser dans l’effort. Ce repli individualiste l’éloigne des institutions qui lui confèrent tant de droits et lui garantissent sa dignité.
Et si on est une femme, on fait quoi mmmh? Et le dépassement ne s’atteint que dans l’effort? D’ailleurs, quel dépassement? Les régimes totalitaires ont effectivement permis aux hommes d’accomplir leur devoir, d’assumer leur responsabilité et de se dépasser dans l’effort pour tuer leurs semblables, cela n’en fait pas pour autant un modèle de droit et de dignité.  Mais je chipote sans doute.
 
Or, il n’est pas de dignité sans liberté !
Donc les esclaves étaient des gens sans dignité. Les opprimés des régimes totalitaires n’ont pas de dignité non plus. Liu Xiaobo n’est pas un être digne. Alors que ceux qui ont réduit et réduisent encore d’autres humains en esclavage et oppriment, parce qu’ils sont libres, sont dignes. Quelle belle leçon!
 
Depuis les débuts de l’histoire Suisse, les confédérés ont refusé la délégation de responsabilités qu’ils étaient en mesure d’assumer eux-mêmes. 
Ils ont donc fait la cuisine, le ménage, ont élever les gosses, parce qu’on ne pouvait pas compter sur ces charognes de femmes pour le faire.
 
Aucun roi, aucun empereur, jamais, n’a été appelé à la rescousse pour sauver la souveraineté de notre pays !
Il faut dire qu’elle n’a jamais vraiment été menacée non plus…
 
Mais cette armée de milice, une armée uniquement défensive, sans velléité d’aller porter le feu au-delà de ses frontières, a également toujours su être un trait d’union entre les Suisses eux-mêmes.
Forcément, ne pas parler de la tradition mercenaire, ça aide. Il est vrai que la bataille de Marignan n’a rien avoir du tout avec nous, c’est là l’oeuvre de quelques indépendants qui souillent la mémoire nationale.
 
Que de contacts noués par-delà la barrière des röstis, que d’amitiés créées, que de liens unissant nos quatre régions linguistiques et servant de liant à la prodigieuse diversité cantonale caractérisant notre Confédération.
Combien de Romands, de Suisses-Allemands, de Tessinois et de Grisonais ont vraiment tissé des liens solides lors de l’armée? Je ne dis pas au sein de leur groupe linguisitique, mais entre les groupes? Les sections sont faites sur la base de la langue dans la majorité des cas et les compagnies de cours de répétition suivent le même chemin. On apprend à détester ceux qui ne parlent pas la même langue, mais ce sont là des détails bien sûr.
 
L’esprit de milice permet de faire corps, il permet d’unir nos efforts au nom d’une grande idée, l’idée que les hommes naissent libres et indépendants et qu’ils peuvent le rester jusqu’à leur mort, l’idée qu’il n’est rien de plus noble que de défendre les siens au péril de sa vie.
J’en ai les larmes aux yeux. L’esprit de milice permet également de brimer les plus faibles, de faire des blagues grasses, d’être soul et surtout: en quoi la défense de la liberté et de l’indépendance doit-elle nécessairement inclure la violence et la mort? C’est là une vision morbide des choses à mes yeux.
 
Cela exige des sacrifices, c’est certain, mais ce n’est que dans le sacrifice que se révèlent la noblesse de l’âme, le courage et la générosité.
Donc les gens qui ne font pas de sacrifices sont des gens hypocrites et peureux? Cela fait quand même pas mal de monde. Demandez autour de vous aux gens de sacrifier un peu de leur confort ou de leur sécurité imaginaire, vous allez vite voir que cela fait un total très proche de zéro.
 
L’armée de milice est une école de vie, non seulement pour le corps, mais également et surtout pour l’esprit et l’âme des citoyens.
Oh oui, on y apprend tellement de belles valeurs, comme au hasard, que l’ennemi n’est pas humain , mais  objet (ce n’est pas moi qui le dit c’est la deuxième règle de sécurité du tir « ne jamais pointer le canon de son arme sur quelque chose qu’on ne veut pas détruire » non non pas quelqu’un, quelque chose), que l’esprit critique n’est pas toléré quand on parle de sécurité et de violence ou encore que si on lèche assez de bottes et de culs, on est récompensé. Que c’est beau, que c’est grand!
 
En la défendant, nous défendons un élément indispensable de notre système institutionnel et nous faisons acte de prévoyance à un moment où l’incertitude gagne peu à peu le monde qui nous entoure.
Prévoyance… Citez un événement qui s’est produit comme prévu par l’humanité. Vous n’en trouvez pas? C’est normal, l’humain ne peut réellement prévoir. Sauf quand il est politicien ou technicien.
 
Dans les années trente, la France n’a pas su entendre les signaux avertisseurs qui annonçaient la catastrophe de 1940.
Il est vrai que le reste du monde les a bien entendu, tellement qu’ils se sont bouchés les oreilles et que le déclenchement de la guerre les a tous surpris. Mais bon, on ne va pas cracher sur ces braves Anglais et Américains hein?
 
Que la Suisse, en 2013, ne commette pas la même erreur et maintienne son esprit de résistance et sa volonté de se défendre.
Donc si on abandonne notre armée de milice, une catastrophe va se produire? Quels sont donc ces fameux signaux alors? Aucun? Mmmh on tenterait de me rouler alors? Non je n’ose y croire, surtout pas de la part d’un politicien!

Déclaration de guerre à la musique spectacle

Je l’avoue d’entrée de jeu, je pense être quelqu’un de très (trop) critique. C’est un vilain défaut, surtout lorsque l’on parle de musique. Toutefois, j’ai le sentiment qu’ici on se fout de la gueule du bon peuple d’une manière si franche que je me devais d’ouvrir ce front. Parce qu’ici on parle de guerre et de paix, j’ouvre un nouveau front (encore!): celui de la musique et plus particulièrement de ce que je vais définir comme la « musique spectacle ». Je sais que les goûts sont personnels et que tout le monde ne sera pas d’accord, que certaines et certains vomiront ce que je vais écrire, mais tant pis, je me devais de l’écrire tout de même.

Et comme toute bonne déclaration de guerre intellectuelle, elle n’est pas adressée à une cible facile comme au hasard David Guetta mais à un groupe qui se pensait bien à l’abri: Muse.

Bon je sais, à première vue, il faut plus que du courage, de la folie peut-être, pour oser taper un géant de ce genre. Parce que justement, contrairement au sieur Guetta, ce groupe n’est guère la cible de la critique. Demandez autour de vous ce que les gens pensent de Guetta puis de Muse. Pourtant, comme nous allons le voir, il le mérite amplement. Voici donc pour vous tout mon non-amour de Muse expliqué.

J’étais encore ado quand Muse a percé. Ce n’est pas l’époque où l’on est le plus critique et leur musique très rythmée, leurs clips bien foutus rendaient le groupe sympa. Leur côté « rebelles qui pètent le matos » leur donnait un charme supplémentaire. Oui, j’ai aimé ce groupe, pendant des années.

Et puis, on m’a offert un billet pour un concert cette année. J’ai réécouté un peu leurs dernières productions que je connais moins et j’ai trouvé cela toujours aussi sympathique. Le concert ne pouvait donc qu’être bien. Et non! Ce qui aurait pu me faire tiquer, c’est que ledit concert avait lieu dans un stade. Un lieu gigantesque, où le contact avec le public n’est pas aisé. Mais n’étant pas trop habitué à ce genre de lieu de concert et ayant assisté à un bon concert de Bruce Springsteen quelques années auparavant au même endroit, j’étais confiant.

Sauf que, passé le premier morceau, le très accrocheur « Panic Station », cela a  commencé à sérieusement se gâter.

Tout d’abord, il s’agissait bien plus d’un spectacle que d’un concert. Alors, oui, la prestation scénique au niveau musicale était bonne, mais elle n’était pas transcendante non plus, je n’ai pas souvenir d’impros impressionnantes ou de moments musicaux « non-écrits » marquants. Tout était donc réglé de façon très précise. S’ajoutait à cette façon carrée de faire, un usage très intensif d’écrans pour diffuser des images, qui souvent n’apportaient rien. Les quelques passages avec des acteurs n’étaient pas non plus transcendant, je dois avouer que la secrétaire devenant folle et boit de l’essence d’une pompe « Feeling good » sur le titre éponyme était quelque chose de totalement décalé quand on sait que la reprise de Muse, assez fidèle à l’originale, ne joue pas sur le contre-sens comme pourraient le faire d’autres. Mention spéciale également au titre « Knights of Cydonia » qui joue sur une mise en scène western avec en intro le morceau d’harmonica d’il était une fois dans l’Ouest puis des images de paysages en 3D typiques de l’Ouest américain de l’époque Western. Sauf que le refrain est également affiché et qu’il n’a pas grand-chose à voir avec ce qu’est le western d’après moi. Mais nous reviendrons sur le problème des paroles. Concluons le cas du « spectacle » en relevant que d’une part le public est soit mauvais, soit ne comporte pas de vrais connaisseurs, puisque je ne l’ai guère entendu chanter, y compris sur un titre comme « Time is running out » où Bellamy attendait que le refrain soit assuré par son public. Notons toutefois que la dimension spectacle coupe totalement le groupe du public pendant quasi tout le concert, le chanteur n’apostrophant guère la foule et surtout, n’ayant pas prévu grand-chose de local, qui montre qu’il a affaire à un public suisse. Le concert aurait eu lieu à Pékin que l’on y voyait aucune différence.

Mais passons aux paroles. Jusque là, je me doutais que je n’étais pas en présence de perles, que l’on était pas dans l’humour corrosif de Type O Negative ni dans les paroles parfois fouillées de chez Exodus ou la contestation du punk. Je pensais naïvement avoir droit à quelque chose de proche de Judas Priest ou Black Label Society, des paroles accrocheuses, mais sans grande profondeur, mais qui ne cherche pas forcément la profondeur. C’est ici que commence justement la mystification. Muse se donne une image de rebelles, de gens voulant une sorte d’insurrection mondiale. C’est leur droit, mais avec des paroles aussi pauvres, ce n’est pas gagné. Dénoncer l’argent dans « Animals », le pouvoir dans « Supremacy », c’est mignon mais la forme est à mon sens trop brève, pas assez incisive et s’égare dans d’inutiles figures de style. De plus, les clips n’ont en général aucun, mais alors aucun rapport avec le sujet. Cherchez celui de Supremacy, vous ne serez pas déçu. des jeunes grimés comme des musiciens de black metal à la mer, quel rapport? Et je ne parle pas de « Knights of Cydonia » (c’est une constante chez Muse de jouer la carte de la science sans que cela ne fasse réellement sens ensuite) dont le seul titre ne veut rien dire puisqu’il se traduit si l’on veut par « les chevaliers de Cydonia (une région de Mars) » mais qui en plus vise le western alors que le refrain: « No one’s gonna take me alive.The time has come to make things right.You and I must fight for our rights. You and I must fight to survive. » que l’on traduira à vue par « Personne ne me prendra vivant. Le temps est venu de rectifier les choses. Toi et moi devons nous battre pour nos droits. Toi et moi devons nous battre pour survivre ». Si le thème de la vengeance est classique en Western, je ne pense pas qu’il implique nécessairement la mort du héros et surtout encore moins de se battre pour des droits. Ou alors j’ai raté tout ces westerns avec des chinois et des noirs surarmés rétablissant la justice contre les oppresseurs blancs (il y en a sans doute eu mais ce n’est pas ce qui vient à l’esprit en premier quand on parle de Western). On relèvera également la savoureuse contradiction entre « Personne ne me prendra vivant » et « Toi et moi devons nous battre pour survivre ». Il faudrait se décider, on meurt pour la cause ou non?

Et franchement, appeler à la résistance en ayant un site web où la première option d’enregistrement est d’utiliser Facebook c’est une bonne blague. C’est un peu comme dire aux gens de lutter contre l’Etat en achetant des produits lourdement taxés, comme l’essence ou les clopes. Mais le coup de grâce en matière de cohérence m’est tombé dessus dans une interview du chanteur (en allemand uniquement), dont je vous traduis la partie la plus intéressante:

« Wie würdest du ein Konzert von Muse beschreiben?
Es ist so etwas wie die Hollywood-Blockbuster-Version einer Liveshow. Man darf aber nicht vergessen, dass das auch Konsequenzen hat.

Comment décrirais-tu un concert de Muse?

C’est un peu comme la version blockbuster hollywoodien d’un show live. Mais on ne doit pas oublier que cela a des conséquences.

Und die wären?
Mit der enormen Menge an Energie, die dafür benötigt wird, ist das Ganze alles andere als nachhaltig. Daher nennen wir unsere Tour auch die Unsustainable-Tour.

Quelles sont-elles?

Avec l’énorme quantité d’énergie nécessaire pour cela, le tout est tout sauf « durable » (au sens écologique). Ainsi appelons-nous aussi notre tournée « la tournée non-durable ».

Warum ist dir Nachhaltigkeit so wichtig?
Wir stehen an einem Punkt in unserer Geschichte, an dem wir die treibenden Kräfte der Menschheit wie Wachstum und Fortschritt hinterfragen sollten. Immerhin ist unser Ökosystem begrenzt.

Pourquoi la « durabilité » est-elle si importante?

Nous sommes à un point de notre histoire auquel nous devons interroger les forces vives (ou en mouvement) de l’humanité comme la croissance et le progrès. Finalement notre écosystème est limité. »

Oui, ce type est con. Non, il n’y pas d’autre mot pour décrire ce que l’on vient de lire. Il est conscient du problème écologique et il… l’aggrave. En prétendant éveiller les consciences. Si plus de 1000 fans sont devenus des ayatollah verts suite à cette tournée, je pense tenter de grader dans l’armée suisse pour les soutenir. C’est un peu comme dire « les armes, c’est mal, alors à chaque concert on tire au canon ». Ce n’est pas un sens évident en soi, cela nécessite d’être expliqué au début du concert. Mais apparemment, le chronométrage ne permet pas à ces génies de s’exprimer comme il le souhaite. Ils viennent pour jouer de la musique, pas pour réfléchir bordel!

Des paroles fades voire contradictoires, qui sont jetées à la poubelles au profit d’images qui n’ont aucun lien avec lesdites paroles, une façon de faire carrée et froide couronnée par une façon de penser qui fait peur, il n’y a pas à dire, Muse ferait presque passer Guetta pour un grand penseur de ce siècle. Ce dernier a beaucoup de défauts, mais je ne crois pas qu’il y ait encore osé se la jouer philosophe. Muse, c’est un peu les BHL de la musique, les détracteurs en moins.

Quand les médias désinforment l’air de rien…

Les récents articles sur la question de la votation du 22 septembre sont une source d’émerveillement pour quiconque y prête véritablement attention. La RTS nous fournit un bel exemple de ce qu’est un journalisme critique, qui tranche dans le vif. Petite illustration avec cet article sur l’avis des opposants à l’abrogation de servir.

Ainsi, selon ces gens, le texte soumis au vote populaire est « sournois ». Pourquoi donc? Parce que « En contestant le principe de milice et l’obligation de servir, [il] s’attaque au modèle de réussite de la Suisse mais vise en réalité la suppression de l’armée ».

Après cette brillante justification, le lecteur est  subjugué par la capacité à dire n’importe quoi desdits opposants. Pour eux, le modèle de réussite de la Suisse est contenu dans le principe de milice et l’obligation de servir. J’avoue que quand on sait que les conscrits représentent 21% des personnes d’une classe d’âge donnée, cela laisse songeur. Les femmes, les étrangers et ceux qui ne servent pas, donc la majorité, ne participent ainsi pas au modèle de réussite de la Suisse. D’ailleurs, réussite dans quel domaine? L’économie, la guerre, la justice? Aucune précision, c’est vrai que de savoir de quel modèle de réussite on parle, histoire qu’on puisse en débattre, c’est démodé. Il semblerait que ce soit le modèle militaire et guerrier et si c’est le cas, c’est intéressant quand on sait combien l’armée suisse fait peur à ses ennemis… mais passons.

Le second excellent argument contenu dans ce texte est encore plus bluffant. En effet, ce texte viserait à abolir l’armée. Citoyens, on vous ment! Le GSsA (Groupe pour une Suisse sans Armée) en déposant un texte visant à abolir l’obligation de servir vise à supprimer l’armée en Suisse! Ces dangereux saboteurs anti-patriotiques osent même ne pas l’écrire noir sur blanc dans le nom de leur groupe! Bientôt, on va m’apprendre que le parti des automobilistes a pour but secret le développement de la bagnole au détriment du train. Restez vigilants citoyens, l’ennemi est des plus insidieux! Notez toutefois qu’un prochain article traitera des illettrés, car il y en a.

Mais nos valeureux opposants n’en restent pas là. En effet, ils affirment encore: « une armée de volontaires est totalement illusoire, il n’en existe d’ailleurs nulle part au monde. » L’une des armées les plus puissantes du monde, l’armée américaine, n’existe donc pas! Certes, tous les citoyens doivent s’inscrire pour le cas où la conscription obligatoire serait réintroduite, mais en attendant, force est de constater que l’armée dont dispose ce pays actuellement est composée de « volontaires » (on reviendra sur le problème que pose ce terme).

Enfin, dernier argument percutant: « Sans obligation de servir, le système volontaire ne permettra pas de recruter suffisamment de personnel et attirera des « rambos ». Et en cas de catastrophe, une telle milice ne pourra assurer ses missions. »

Compte-tenu du fait que cette armée de volontaires ne compterait pas 100’000 hommes mais sans doute bien moins, il me paraît raisonnable de ne pas spéculer sur sa capacité à recruter. L’actuelle quant à elle attire déjà nombre de « rambos », il suffit de discuter avec ceux qui en sont membres pour s’en rendre compte. Enfin, je ne vois pas pourquoi une armée de volontaires ne pourrait pas assurer ses missions en cas de catastrophe, puisque pour le moment, l’armée suisse assure principalement des missions d’aide en cas de catastrophe, d’aide à des événements sur le sol suisse et dispose d’un détachement au Kosovo. Le retrait du Kosovo viendra bien tôt ou tard, et entre assurer la bonne tenue de la fête fédérale de lutte ou aller prêter main-forte à des secouristes, j’avoue que le choix est vite fait.

Ce communiqué, déjà navrant en soi, l’est encore plus grâce à la RTS. En effet, celle-ci informe d’une façon très partiale, puisqu’aucun contre-argument n’est fourni, alors qu’ils existent sur le même site! Il y a ainsi un article et une infographie sur la conscription obligatoire en Europe et dans le monde. Certes, des liens sont fournis, mais donner au lecteur l’argumentation et la contre-argumentation au sein du même article, j’estime que cela est normal et est même attendu.

Ceci dit, lorsque l’on réalise quelle est la qualité des informations fournies par la RTS, on comprend mieux qu’elles ne soient pas plus mises en avant. Déjà dans cet article sur les opposants, la société suisse des officiers est vue comme un « parti » puisque membre d’un « comité interparti ». Un non-sens facilement évitable en enlevant « interpartis », surtout que tout lecteur ayant au moins trois neurones en lisant le nom de plus de deux partis arrive à la conclusion que c’est un comité interparti mais pas uniquement.

Mais l’exemple d’erreur, d’approximation et de fainéantise journalistique est fournie par la carte interactive et l’article. On peut ainsi y lire que la conscription n’est plus obligatoire aux Etats-Unis depuis la Seconde Guerre Mondiale. C’est beau, mais totalement faux, sauf si on considère que le Vietnam était une promenade touristique à laquelle tout le peuple était convié. Tant que le conflit n’est pas mondial, il n’est pas important, un point de vue intéressant et trop rarement ignoré.

Toujours sur la carte, on apprend que la Moldavie est un pays avec une conscription obligatoire, le seul d’Europe de l’Est (Kaliningrad est une enclave russe), mais on ne nous dit pas pourquoi ni selon quelles modalités. L’Autriche, Etat comparable en taille et disposant d’un poids politique que j’estime à peine plus grand sur la scène internationale, se voit gratifié d’explications sur son service militaire obligatoire. Comme quoi, il faut être voisin de la Suisse pour être intéressant.

Enfin, le dernier point qui prête à sourire sur cette carte est l’usage des couleurs. Outre le fait qu’elles ne sont pas très jolies, elles ne sont surtout pas très vraies. Dire que la Suisse a un service militaire obligatoire est exact, dire qu’il n’est pas « facilement évitable » relève de la plaisanterie depuis la facilitation de l’accès au service civil et quand on sait combien il suffit de simuler ou d’avoir des affections parfois bénignes pour y couper. L’Autriche, qui partage la couleur rouge de la Suisse, dispose aussi d’un service civil, tout comme l’Allemagne. Comme dans aucun des cas avec un « service militaire obligatoire, mais facilement évitable », la durée du service civil n’est donnée, à l’exception de la Finlande, on ne peut pas dire que la durée du service civil soit le facteur qui marque le changement de couleur. De plus, la Suisse et l’Autriche ont un service civil accessible assez aisément contrairement à la Turquie ou à la Grèce, même si le service civil est plus long que le service militaire. La carte entretient donc avec complaisance le mythe de l’obligation de servir dans l’armée en Suisse.

Il ne me reste plus qu’à espérer que mes compatriotes ne tomberont pas dans le panneau des non-arguments des opposants et que la RTS va rapidement apprendre à proposer une information qui soit réellement de qualité.

Un joli texte d’un grand lettré méconnu

Voici pour vous montrer que porter un uniforme en Suisse comme ailleurs ne rend pas meilleur de loin s’en faut, un texte pêché sur un blog assez incroyable, auquel je consacrerai un article prochainement: je suis stupide j’ai voté Hollande . Le texte examiné est un texte d’un général de la Légion Etrangère. Enfin, on suppose que c’est de lui, vu que je n’ai trouvé aucune source permettant de confirmer de manière fiable qu’il est l’auteur de ce texte. J’aimerais bien dire que ce n’est pas lui, que c’est un faux, que si cet homme existe, il devrait porter plainte pour diffamation, mais comme il ne semble pas broncher si c’est le cas, on va dire qu’il cautionne donc… pas de quartiers!

Vous êtes prêts? Début de notre analyse de ce futur chef-d’œuvre du genre épistolaire:

Il me semble que la plupart des consultants et journalistes auto proclamés spécialistes ès Afrique ou ès stratégie tournent beaucoup en rond.

Peu nombreux sont ceux qui nous rappellent que nos ennemis ont une mentalité qui n’a rien à voir avec la nôtre. Que pour eux la vie humaine et la vérité ne comptent pas.

D’emblée le contexte est dramatique: nos spécialistes se trompent, ils ne savent pas. L’Ennemi n’est pas comme nous, il n’a pas les mêmes valeurs, sous-entendu: nos valeurs qui font de nous des gens civilisés par ailleurs nous empêcheraient presque d’être aussi efficaces qu’eux et donc de les vaincre. On pourrait croire que je surinterprète mais… attendez un peu. De plus, cet Ennemi rejette le concept de Vérité, ce qui est intéressant. Combien de gens jurent ouvertement par le mensonge et donneraient leur vie pour celui-ci puisque la notion de Vérité ne fait pas sens pour eux. Mais au fait, de qui parle-t-on mmmh?

Ainsi…

– Au Nord du Mali, une forte troupe d’islamistes puissamment armés décide d’attaquer une patrouille de reconnaissance Française. Bien qu’elle dispose de l’avantage de l’attaquant (terrain favorable, etc…) et de l’effet de surprise, son bilan est lamentable : 1 soldat Français tué, une trentaine d’islamistes abattus.

Pour les soldats Français, qui honoreront leur camarade comme il le mérite, ce n’est pas une défaite.

Les journalistes, eux, insisteront davantage sur la perte de ce soldat, certes tragique, 2ème mort au Mali, etc…Certains mêmes insinueront un peu perfidement que si nous avons mis hors de combat une vingtaine d’ennemis (chiffre réduit on se demande pourquoi) c’est grâce aux hélicoptères et à l’aviation. Et alors, une roquette contre un nid de mitrailleuses ou un dépôt de munitions serait-elle moins propre qu’une bombe en ville ? Les journalistes préfèreraient-ils déloger les mitrailleuses au corps à corps, comme en 14-18 ?

Quant aux islamistes qui se moquent de leurs pertes (ce sont des martyrs en route pour leur paradis), ils crient victoire…Un légionnaire tué, ça va se fêter dans les foyers où le héros n’est pas le soldat Français mais l’assassin Mérah.

Bon l’Ennemi c’est donc les « islamistes » un Ennemi ultra-précis pour ne pas dire fourre-tout. Cela commence bien. Je veux dire par là, comment définit-on un « islamiste »? Est-ce un pratiquant de l’islam, un terroriste qui s’en réclame, un barbu? On nous objecte ensuite que les médias en font des tonnes sur un soldat tué lors d’un affrontement qui a vu les Français vaincre. S’ils en font des tonnes, c’est que cette guerre a comme toujours été décidée de façon arbitraire (il n’y pas eu de vote au Sénat ou au Parlement, Hollande a dit, on a fait, comme Sarkozy en Libye pour ne prendre que le précédent le plus récent) et que ce n’est pas habituel pour la France de perdre des soldats puisqu’elle n’a guère connue de guerre (ouverte du moins) avec un autre pays depuis plusieurs décennies il me semble. Alors forcément, quand un soldat tombe dans une guerre décidée par le Chef de l’Etat et qu’il n’est « que » le second en plusieurs mois (presque une année depuis le temps), cela choque et c’est compréhensible.

Mais ces vilains journalistes osent même pour certains dire et écrire que cette victoire a été remporté grâce à la technique française et non grâce aux talents de ses soldats. C’est dur à encaisser je le conçois, mais de là à prétendre que ces journalistes veulent des combats à mains nues contre des mitrailleuses, il y a un pas un peu vite franchi. Ils soulignent au contraire combien l’Ennemi n’avait aucune chance que cela pourrait presqu’en être patriotique (la Puissance de la France en matière de Technique a permis de vaincre l’Ennemi) si cela ne visait pas à souligner les possibles carences en matière de motivation et formation de l’armée française.

Enfin, les horribles islamistes s’en foutent de leurs morts, ils fêtent le mort d’en face. Curieuse pratique pour des « soldats » qui viennent de perdre vingt camarades pour abattre un simple soldat adverse et non un véritable symbole de ceux qu’ils veulent mettre à genoux. Je ne suis pas si sûr qu’ils aient tant fait la fête que cela, mais admettons.

– En Somalie les Forces Spéciales Françaises interviennent pour libérer un otage : elles vont se heurter à une force dont le volume, la rapidité et la violence de la réaction laissent supposer qu’elle avait été alertée… L’otage est assassiné, 2 soldats Français seront tués et une vingtaine de djihadistes éliminés.

Pour les soldats Français c’est un échec, parce que la mission, qui était de libérer l’otage, n’a pu être menée à bien.

Les commentateurs eux, parleront d’échec, de catastrophe, mentionneront à peine la vingtaine de terroristes tués et ne se demanderont pas pourquoi ce pauvre otage était aussi bien gardé, par des gens aussi bien armés et en alerte maximale, sans que nos forces s’en doutent : ont-ils eu peur de ce qu’ils pourraient découvrir?

Pour les islamistes, ce seront des hurlements de victoire (c’est pour cela sans doute, qu’alertés, ils n’ont pas fui comme le firent naguère Kadhafi à Tripoli devant les Américains ou le hezbollah à Baalbec devant les Français, espérant causer de lourdes pertes aux Français), de nouveaux martyrs et des you-you dans les chaumières.

On revient sur le tragique épisode de l’otage en Somalie en prétendant que l’Ennemi a été averti de cette opération. Par qui? Pour quoi? C’est tellement évident que les gens ne cherchent pas selon notre galonné. Personnellement, si on peut me dire quel est l’intérêt de la France si elle provoque elle-même un tel fiasco, je suis preneur. Pour cela il faut bien sûr éviter l’argument classique du traître infiltré, cela va de soi.

Ensuite, ce brave homme nous rappelle que 20 terroristes ont été tué dans l’assaut. Bon la mission est un échec, mais l’Ennemi a subi des pertes. Bientôt, on apprendra comment l’invasion de la France par l’Allemagne pendant la Seconde Guerre Mondiale fut en fait une victoire française (si si on va voir qu’on pourrait l’écrire).

Cette fois, dire que l’Ennemi fête, cela me semble normal: mettre en déroute une opération commando ennemi, cela peut se fêter. Et s’ils ne bougent pas, ce n’est pas forcément à cause d’un complot, mais plutôt parce que la Somalie ne semble pas pressée de les chasser, contrairement aux deux contre-exemples donnés, puisque le besoin de se replier n’existe pas pour ces terroristes là, puisque aucune puissance militaire supérieure ne les menace.

Alors, me direz-vous, que faire ?

Attention, voici les solutions de ce gradé, la partie à déguster lentement. Merci de bien accrocher vos ceintures.

1° ouvrir les yeux et admettre une bonne fois pour toutes que les islamistes ont déclaré la guerre à l’occident, avec la France en première ligne. Se persuader que cette guerre ne se fera pas sans mort, sans prise d’otages et autres attentats, qu’elle se fera aussi chez nous et donc qu’il faudra nous montrer plus vigilant et moins vulnérable y compris émotionnellement. Savoir que notre ennemi trouvera parmi nous des sympathisants et des complices dans tous les milieux et en plus grand nombre que ce ne fut le cas pour le FLN.

C’est la guerre! Mais d’une façon très particulière, puisque l’Ennemi n’est pas un Etat, mais un groupe de personnes qui compte en plus avec des collabos au sein de la France Eternelle. Cela rappelle presque des gens aux nez crochus et aux doigts griffus, qui profitaient de la France avec l’aide de leurs complices. L’auteur agite ici une vague menace, puisqu’à part des actes isolés et sans grand impact en termes militaires, l’Ennemi n’a pas vraiment fait grand-chose depuis le début de cette guerre que l’on datera généreusement en 2001. Il a même plus soudé la France qu’autre chose à force d’actions coup de poing impressionnantes il est vrai (comme l’affaire Merah) mais assez peu efficaces en matière d’effets durables ou pas de manière visible actuellement.

2° Cesser de reculer devant les exigences toujours plus grandes de ces extrémistes et de leurs complices, qui, en affaiblissant notre culture et en imposant la leur, cherchent surtout à tester et à saper notre esprit de résistance.

Un des sommets du flou: quelles exigences, quels extrémistes, quels complices? Quelle culture? Comment imposent-ils leur culture d’ailleurs? Mystère, mais ils existent et agissent!

3° Agir en portant le fer là où apparaît un furoncle:

On va le voir, il n’y pas de problèmes complexes, que des solutions simples et efficaces.

– une immigration débridée qui rend insolubles les problèmes du logement, du chômage, de la dépense publique, çà se contrôle

Donc tous les maux viennent de l’immigration qu’il faut contrôler. La non-application des lois sur le logement, la nécessité d’efficacité économique qui pousse à délocaliser, les dépenses folles du gouvernement dans des buts douteux (réserve parlementaire, sondages) tout cela n’est rien comparé à ces horribles immigrants. Alors on va encadrer ces immigrés, les contrôler. Comment? Sur quelles bases? Pas d’importance, on va le faire et puis c’est tout, je suis Général merde!

– des barbus, des imams ou des rappeurs qui appellent à la guerre sainte, à la haine et au crime, çà se sanctionne,

Des imams, des rappeurs, d’accord, mais des barbus? Dois-je comprendre que si je me rase mes idées sont bonnes? Ou que si j’ai une barbe, j’appelle à la guerre sainte? Et puis, admettons que ces individus dangereux tiennent ces propos (là encore, aucun exemple concret), si on les condamne, ne vont-ils pas se placer en victimes? Il suffit de repenser à toutes ces « petites phrases » de politiciens français sur les étrangers et les autres nations (je pense à des gens comme Georges Frêche, Brice Hortefeux et autres Henri Guaino) pour savoir que même si on les sanctionne, cela ne change pas grand-chose. Pire, ils risquent de se poser en victime, tactique classique de… l’extrême-droite voire de la droite (Tapie et Sarkozy au hasard) en dénonçant les médias, l’opposition, les bien-pensants, les conservateurs, le chat de mémé, etc.

– des quartiers qui caillassent les représentants de l’état, qui rackettent les artisans, çà se neutralise,

Ah ce beau mot doux: neutralise. Que doit-on comprendre? On rase lesdits quartiers, on leur impose une quarantaine? Là aussi on ne sait pas trop, mais l’important c’est de les neutraliser et par tous les moyens! Et depuis quel stade de « délinquance » faut-il neutraliser? Quand on l’estime nécessaire apparemment. Une méthode totalement juste donc.

– de discrètes écoles coraniques qui forment les djihadistes de demain, çà se ferme,

C’est là qu’on reconnaît tout le talent d’un gradé qui lui s’y connait en matière de guerre et de renseignement: au lieu de garder à l’oeil ses ennemis en surveillant ses « centres de recrutement », il veut les fermer pour qu’ils soient plus durs à suivre. Alors bon, bien sûr, avec comme sans ces écoles, il y a des terroristes qui se forment, mais tant que le recrutement passera par elles, il me semble idiot de les fermer. C’est un peu comme dissoudre les groupuscules d’extrême-droite: cela rassure le peuple mais les rend encore plus imprévisibles. Mais je ne suis pas Général, je n’y entends donc probablement rien.

– des clandestins, çà s’expulse, surtout les délinquants,

Par contre, s’ils venaient à être riches, là, on réfléchirait. Et qu’importe pourquoi ils sont délinquants, il faut les expulser même si notre système peut les pousser à la délinquance! Oh et s’ils sont clandestins pour des raisons administratives, comme au bol, avoir perdu leur papier lors d’une guerre et bien tant pis!

– des subventions à toutes ces associations qui font leur beurre dans l’anti-France , ça se supprime,

Donc en fait, n’ont droit à des subventions que les associations qui cirent les pompes de l’Etat? Autant abolir toutes les subventions alors, sinon cela risque de tourner à la propagande du régime et à l’hypocrisie dans le but de toucher des sous. Parce que faire du « pro-France » j’y lis comme des regards langoureux vers l’Etat qui incarne ladite France. Surtout que déterminer ce qu’est l’anti-France, cela ne doit pas être facile. Si c’est la notion qui faisait foi au XXème siècle, on est pas rajeuni. Pour prendre un cas concret du problème que pose l’usage de ce terme: « je m’oppose à la guerre au Mali car je suis pacifiste, suis-je un « anti-France » »? Que de questions…

– et …on revoit nos programmes d’histoire, on jette la repentance aux orties, on laisse la transparence aux vitriers…etc…etc

C’est la partie la plus intéressante mais la plus floue: que devons-nous revoir dans les programmes d’histoire? Réécrire 39-45 comme une belle période avec une victoire française dès le départ? Faire de Pétain un héros incompris? Quelle repentance? Celle de la colonisation? Si oui, faut-il glorifier cette période et comment? Quelle transparence?  Aucune réponse, mais cela doit changer quand même!

Et ne me dites pas qu’il s’agit là de racisme, de fascisme ou d’extrême droite!

Non mais ça  y ressemble drôlement (pas au fascisme, parce que bon, on est éduqué ici et on sait que « fascisme » désigne en fait souvent « totalitarisme » et que c’est un vilain abus de langage).

Il s’agit de légitime défense et de résistance dans le respect de la loi, ni plus, ni moins !

Nous voilà rassurer: tout cela est légal (ce qui est vrai, à part peut-être cette histoire de neutralisation qui ressemble à un appel au meurtre pour délit de faciès) et en plus l’assimilation des clandestins aux délinquants et à des nuisibles n’a rien mais alors  strictement rien de raciste, fasciste (le mot le plus mal employé de ce siècle) ni à voir avec l’extrême-droite qui ne parle jamais d’immigration on le sait.

Vous pensez sans doute que ce n’est pas demain la veille…

Je crois néanmoins que, sans un sursaut, le pays de la douceur de vivre, le plus beau pays du monde, risque fort de disparaître dans d’atroces soubresauts ou dans une coupable et morne résignation, pour être remplacé par un autre que certains, et pas des moindres, semblent appeler de leurs vœux , on se demande pourquoi, et qui commence à faire peur..

Encore un joli laïus patriotique (à lire avec la Marseillaise en musique de fond ou une bonne marche militaire) avec du flou dedans: qui sont ces « certains et pas des moindres »? Quel autre pays?

Mais je me trompe peut-être…J’aimerais tellement avoir tort…Enfin, réfléchissez, ne soyez ni sourds, ni aveugles, ni muets !!

Réfléchissez mais pas trop quand même, et exprimez des idées allant dans mon sens (je traduis pour les plus lents bien sûr).

Général Antoine-Roch Albaladéjo

Légion Etrangère

Comme ce texte le démontre, même une armée de professionnels peut comporter dans ses cadres des maîtres du flou qui confine l’absurde et à la manipulation (je tape sur des gens sans donner d’exemples histoire de vous laisser imaginer des tas de choses), des fins rhétoriciens (cette défaite n’en est pas une et c’est de la faute à un complot que je ne détaille pas!), de grands historiens (alors en fait là, on va dire qu’on a gagné parce que c’est plus vrai que de dire qu’on a perdu), de fins écrivains (la dernière phrase: « le plus beau pays du monde, risque fort de disparaître dans d’atroces soubresauts ou dans une coupable et morne résignation, pour être remplacé par un autre que certains, et pas des moindres, semblent appeler de leurs vœux , on se demande pourquoi, et qui commence à faire peur.. » est un chef-d’oeuvre du boiteux puisque le « on se demande pourquoi » ne fait juste pas sens et que l’ensemble est très flou. Pourquoi cet autre pays commence-t-il seulement à faire peur? Et d’ailleurs comment un pays peut-il en remplacer un autre?)  et de fins tacticiens (pour vaincre l’ennemi, il faut l’aider à se cacher et dès qu’il y a un problème, on le neutralise. D’ailleurs on ne discute pas, on tue d’abord).

Mon Général, je vous adresse mes respects, écrire tant de conneries ineptes en si peu de lignes, cela mériterait au moins une citation!

Finalement, on est bien en Suisse, parce que je crois que nos galonnés au fond d’eux-mêmes sont de grands enfants qui jouent grâce à l’argent du contribuable. Et cela les fait sourire, car ils savent que cela ne peut être sérieux. Et surtout, ils s’abstiennent de nous écrire de telles inepties et de les publier, parce que ce soit des enfants d’accord, des ados rebelles passe encore, mais qu’ils nous écrivent des lettres de caniveau comme celle-ci et c’est deux claques et privés de vols en Super Puma!

Pourquoi l’armée suisse ne fait plus sens

An de grâce 2013. Dans un pays qui n’a plus connu la guerre depuis bientôt deux siècles, située sur un continent qui n’a plus connu la guerre au sens d’affrontement entre plusieurs nations depuis bientôt 20 ans, une poignée d’hommes et de femmes courageux se dressent pour défendre une tradition pluriséculaire : l’armée.  Et elle en a bien besoin. Depuis la fin de la Guerre Froide, celle-ci est de plus en plus menacée et décriée. Peu avant la fin officielle de ce non-conflit, déjà, des gens malintentionnés avaient osé mettre en doute sa pertinence. Le peuple s’était prononcé et dans son immense sagesse, il avait voté pour le maintien de l’armée. Mais le succès partiel de la manœuvre avait durablement semé le trouble sur l’efficacité de cette noble institution. Des réformes furent entreprises, mais le doute était là. La foi en la toute-puissance de l’armée suisse s’éroda peu à peu, renforcé encore par les recherches en Histoire qui finirent par écorner le mythe de l’armée suisse tenant tête aux nazis.

Pourtant, il y a encore des gens qui ont foi en cette armée, qui pensent qu’elle est nécessaire à la Suisse.  Or, au sein du monde moderne, un Etat tel que la Suisse en a-t-il vraiment besoin pour d’autres raisons que celles imposées par le droit international qui stipule qu’un état neutre doit, par la force si nécessaire, interdire aux belligérants de franchir ses frontières. Je vais sûrement faire de la peine à certaines et certains, mais cette obligation est débile. En effet, tout au long de l’Histoire moderne, les Etats neutres n’ont pas été capables de se défendre face à leurs voisins, comme la Belgique, qui bien que neutre, fut envahie deux fois. De plus, le Costa Rica, qui est un état neutre tout comme le Vatican d’ailleurs, n’ont pas les moyens d’assurer cette interdiction par la force. Personne ne me fera croire que les gardes suisses sont capables d’arrêter une armée alors qu’ils sont à peine une centaine. Ils peuvent la ralentir à la rigueur, mais probablement pas l’arrêter. L’argument de l’obligation de défendre ses frontières en tant qu’Etat neutre ne tient donc pas.

De plus, même s’il tenait, la Suisse serait bien en peine de remplir cette obligation. Tous nos voisins (sauf le Liechtenstein évidemment) ont en effet plus d’effectifs militaires que nous et trois d’entre eux sont alliés au sein de l’OTAN. Autant dire que sauf si c’est l’Autriche qui nous attaque, l’armée suisse se prendra une raclée tant pour des raisons d’effectifs que pour des raisons d’expérience.  Et si ce n’est pas un voisin, c’est nécessairement un ennemi qui a mis lesdits voisins à genoux et donc qui ne devrait pas avoir trop de peine à en faire de même avec nous.

Les deux plus grandes menaces actuelles sont le terrorisme et les cyber- et « techno »attaques.  Or il est bien connu qu’une armée traditionnelle ne peut pas grand-chose contre ces menaces. Elle peut certes suppléer la police en cas de chaos, comme elle le fit merveilleusement à Genève il y a 80 ans, mais elle ne saurait en aucun empêcher une attaque terroriste ou la paralysie d’une partie du pays via une attaque technique.

Le rôle de l’armée est donc d’aider des civils dans des situations critiques, tels que des inondations, des incendies ou des événements internationaux ayant lieu en Suisse. Cela est plutôt avantageux pour les organisateurs de tels événements puisque l’armée est une main d’œuvre qui coûte à tous les contribuables et pas aux organisateurs ni uniquement à la région où a lieu l’événement. Et si les soldats mobilisés sont des étudiants, c’est le jackpot, puisqu’ils sont payés, solde incluse, un peu moins de 70.- par jour. Un tarif assez difficile à concurrencer même pour des tâches aussi utiles que faire la circulation, déplacer du matériel ou surveiller un site. De plus, on ne leur confie que rarement des tâches complexes car il faut bien le dire, ces braves soldats ont des compétences assez limitées dès qu’il ne s’agit plus de tirer, lancer des grenades et marcher au pas. Cela veut donc dire qu’en plus que toute l’armée n’est pas mobilisable pour des missions « d’utilité publique » ou alors dans des tâches très simples à la portée de tous ou presque.

Et malgré tout cela, il se trouve encore des gens pour vouloir garder une armée. Soyons honnêtes, ce sont des personnes qui ont encore connu des périodes troublées et où l’on croyait que l’armée était une réponse. Ils n’ont aucune idée de combien la formation est absurde, coûteuse et inutile. Ou s’ils le savent (oui ce sont majoritairement des hommes évidemment), ils trouvent cela normal. Normal que des types cons comme des manches à pelle et trop souvent sans avenir professionnel hors de l’armée encadrent d’autres gens.

Une votation va prochainement (le 22 septembre et on ne s’en fout pas, n’en déplaise à Georges) avoir lieu sur l’obligation de servir. Je reviendrai sur le sujet dans une prochaine note, mais une chose me semble claire dès maintenant : l’armée suisse n’ayant plus d’utilité, il est inutile de continuer de forcer les jeunes hommes à en être membre et à faire croire aux femmes qu’elles y ont leur place si elles le souhaitent. Le 22 septembre, je vote oui.

D’autres billets sur le sujet suivront bien sûr pour les inquiets.